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26.02.2003 - Article
Films pour l'Afghanistan

Les milieux afghans du cinéma et de la télévision recherchent des contacts avec des cinéastes et des producteurs étrangers. Après de longues années de guerre et l'interdiction de toute image par les talibans, des producteurs et des réalisateurs engagés tentent, dans des conditions extrêmement difficiles, de redonner vie à la culture cinématographique et télévisuelle.

Gabriela Neuhaus. Voilà bientôt un an qu'un film de Buster Keaton a été projeté pour la première fois dans un village des montagnes afghanes. Le vieux film muet a déclenché des réactions inimaginables. Pour les enfants afghans, un film est quelque chose d'entièrement nouveau, car le régime des talibans avait interdit toute diffusion de musique et d'images.
Pourtant, même les anciens de ces villages retirés ne se souvenaient pas d'avoir jamais assisté à un tel événement.
Le cinéma mobile a sillonné le pays pendant 45 jours, quatre mois à peine après la chute des talibans, au printemps 2002. Il a remporté un vif succès. « J'ai reçu d'innombrables réactions. Des femmes, des garçons, des hommes âgés et même des commandants nous ont demandé de renouveler l'opération », raconte Siddiq Barmak, directeur de l'institut cinématographique d'État, Afghan Film. Le cinéma mobile a été lancé par l'organisation française de développement Aïna, en collaboration avec Afghan Film.
L'expérience sera renouvelée cette année. Financées par Aïna, dix équipes reprendront la route avec chacune un projecteur, un écran, quelques classiques du cinéma ainsi que des courts métrages et des documentaires spécialement réalisés pour l'occasion. Les films didactiques diffusés par le cinéma mobile portent par exemple sur la Loya Jirga (conseil des anciens, civisme), les soins de santé, le développement villageois ou le risque que représentent les mines antipersonnel. Ils ont été réalisés sur mandat d'institutions internationales telles que l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais ces productions ne constituent pas seulement un moyen de divertissement et d'information. Elles ont aussi donné du travail aux professionnels afghans du cinéma et de la vidéo. Pour Siddiq Barmak, il importe d'ailleurs de soutenir le cinéma afghan: «Dans un pays qui compte 90 pour cent d'analphabètes, la communication passe par l'image.
C'est pourquoi la vidéo et le cinéma jouent un rôle crucial en Afghanistan, précisément dans les domaines de l'éducation et du développement.»

Rentrer pour prendre un nouveau départ
Jusqu'ici, l'Afghanistan ne possédait pas une culture cinématographique digne de ce nom. Cependant, avant l'arrivée des talibans au pouvoir, le pays produisait des journaux filmés hebdomadaires, ainsi que de nombreux documentaires et longs métrages. La plupart des journalistes de la télévision et des réalisateurs, formés à Moscou, se sont exilés lorsque les talibans ont interdit la diffusion d'images.
Après l'occupation de Kaboul, Siddiq Barmak a tout d'abord poursuivi ses tournages dans le nord du pays, puis il a vécu deux ans et demi au Pakistan, travaillant pour la BBC. Quand les talibans ont capitulé, il est immédiatement rentré au pays et oeuvre depuis lors infatigablement au renouveau de la création filmographique. filmographique. Une anecdote est très connue à son sujet : grâce à un subterfuge et avec la complicité de proches, il a réussi à sauver une partie au moins des archives cinématographiques afghanes, condamnées à être détruites par les talibans.
Siddiq Barmak est d'ailleurs venu au Festival de Locarno l'été dernier pour y présenter quelques-uns de ces films. Organisée en collaboration avec la DDC, une journée était spécialement consacrée au cinéma afghan.
L'acteur et réalisateur afghan Timur Hakimyar était également à Locarno puisqu'on y projetait son film Ghirdab. De tels événements internationaux sont essentiels pour les artistes afghans. Ils leur permettent non seulement de présenter des films anciens, mais surtout d'établir de nouveaux contacts et de s'adapter aux normes actuelles. Timur Hakimyar préside l'Association des artistes afghans, forte de 3000 membres. Il livre ses impressions : «À Locarno, j'ai pu voir que le cinéma avait beaucoup évolué depuis nos derniers contacts avec les cinéastes étrangers. Ce fut un véritable choc, mais cela m'a aussi donné l'envie de voir l'Afghanistan produire bientôt des films de niveau international. »
On en est encore loin cependant. L'Afghanistan, un pays où l'insécurité et la faim sont toujours d'actualité, manque de tout au niveau culturel : les caméras, l'équipement pour le traitement du son et les tables de montage font autant défaut que les dernières connaissances techniques.
«Afghan Film est un musée», déclare la réalisatrice allemande Wilma Kienert, qui a animé en septembre 2002 un atelier de deux semaines à Kaboul avec le cameraman Dieter Matzka. À l'occasion de ce séminaire organisé par le Goethe Institut, ils avaient amené deux caméras et des accessoires d'éclairage.
Nombre de participants maniaient pour la première fois un tel matériel. « Il leur manque aussi bien l'argent que les appareils, mais l'envie d'apprendre et la motivation sont énormes. Nous comptions accueillir une douzaine de participants à cet atelier. Or cinquante personnes, dont dix femmes, sont venues et sont restées jusqu'au dernier jour», résume Mme Kienert.

Kidnappings et coopération internationale
Dans le cinéma, même les plus doués et les plus motivés n'arrivent pas à grand-chose s'ils ne disposent pas de moyens suffisants.Timur Hakimyar cherche lui aussi de l'argent pour poursuivre son travail avec l'équipement nécessaire. Le projet qui lui tient à coeur est un film qui permettrait d'attirer l'attention sur un problème grave: «En Afghanistan, il y a des gens qui enlèvent des enfants pour leur prélever les reins et les yeux. Ils revendent ces organes à l'étranger pour gagner de l'argent. Cette histoire est véridique, j'ai moi-même assisté à l'arrestation de tels ravisseurs.
On pourrait en faire un film passionnant et important». Nombre de films afghans en préparation traitent d'événements et de problèmes liés au passé récent ou à l'avenir du pays. Ainsi, le long métrage poético-surréaliste que Siddiq Barmak tourne actuellement avec un producteur iranien, se déroule à Kaboul sous le régime des talibans. Pour le réalisateur, la collaboration avec des collègues iraniens est importante, car ceux-ci possèdent de vastes connaissances cinématographiques fort utiles aux artistes afghans.
Décidé à faire avancer les choses, M. Barmak crée des liens partout dans le monde du cinéma. Il est très heureux d'apprendre que la réalisatrice iranienne Samira Makhmalbaf tourne un film en Afghanistan. Et le cinéaste allemand Herbert Achternbusch lui a communiqué son intention d'en faire autant. Siddiq Barmak recherche des appuis à l'étranger autant pour l'institut étatique Afghan Film que pour les sociétés de production privées. Ses efforts ont d'ailleurs été quelque peu récompensés au cours de l'année qui a suivi la chute des talibans. Bien que les moyens fassent toujours autant défaut, il a convaincu des professionnels du film et des institutions culturelles, dans des pays allant de la France au Japon, qu'il était important de soutenir la production cinématographique afghane.