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27.02.2003 - Article
Bratislava, carrefour de la sûreté nucléaire

Un centre de compétence pour la sûreté des installations nucléaires en Europe de l'Est s'est ouvert l'an dernier à Bratislava. Soutenu par la Suisse, il vise à renforcer les autorités nationales chargées de superviser le fonctionnement des réacteurs. Une partie de ces centrales, basées sur des technologies soviétiques, présentent des défauts de conception.

Jane-Lise Schneeberger. En 1986, l'accident de Tchernobyl a révélé brutalement les graves déficiences de certaines centrales de conception soviétique et la menace que celles-ci faisaient planer sur l'ensemble du continent. Il a fallu attendre la chute du Mur de Berlin pour que les pays de l'Est fournissent aux experts occidentaux des informations sur ce domaine particulièrement sensible. Dès 1991, la communauté internationale s'est mobilisée pour aider ces pays à améliorer leur niveau de sûreté nucléaire.

Les efforts portent non seulement sur la modernisation des réacteurs, mais aussi sur le renforcement des organes nationaux censés superviser de manière indépendante l'exploitation des centrales nucléaires. Ces autorités de sûreté ont beaucoup de peine à remplir leur mission de surveillance, faute de moyens financiers et humains. Les meilleurs experts nucléaires sont recrutés par les centrales nucléaires, pour la plupart privatisées, qui offrent de meilleurs salaires que l'État.

Le Centre de sûreté nucléaire (CENS) pour l'Europe centrale et orientale, inauguré l'automne dernier à Bratislava (Slovaquie), s'est donné pour mission de rendre les autorités de sûreté plus indépendantes et plus compétentes. À cet effet, il organise diverses formations destinées à leur personnel. Les cours portent sur la sûreté de certains types de réacteurs, les possibilités de modernisation ou encore les méthodes modernes permettant d'évaluer la sûreté des centrales.

Expertises indépendantes
Dans les pays de l'Est, peu de bureaux d'études sont capables de procéder à des évaluations indépendantes, car ils travaillent aussi bien pour les centrales que pour les autorités. C'est pourquoi le CENS propose également des services dans ce domaine: «Nous ne ferons pas d'expertises pour l'industrie, mais uniquement pour les autorités de sûreté », promet le président du CENS, Sabyasachi Chakraborty, haut fonctionnaire de la Division principale de la sécurité des installations nucléaires (DSN). Cet organe suisse de régulation fournit au centre un important appui technique et organisationnel. Risque transfrontalier

Le financement est assuré par la DDC, qui a prévu près d'un million de francs pour les deux premières années. Axel Heiri, chargé de programme, explique l'engagement de la DDC sur le terrain de l'énergie nucléaire: «Nous voulons limiter au maximum les dangers liés à l'exploitation des centrales. C'est un domaine dans lequel il n'y a pas de frontières. Notre projet vise donc à protéger l'environnement tant à l'Ouest qu'à l'Est. Aussi longtemps que des réacteurs seront en exploitation, il faudra veiller à ce qu'ils soient le plus sûr possible. La recherche d'énergies alternatives fait partie d'un autre débat. »

Il y a près de dix ans que la DDC a commencé de travailler dans le secteur de la sûreté nucléaire. Elle a mis en oeuvre des projets bilatéraux avec la Russie, la Slovaquie et l'Ukraine. «Cet engagement nous a permis de réunir un précieux savoirfaire et d'établir un vaste réseau d'experts. Lorsque le projet slovaque a pris fin, en 1998, nous avons décidé de créer un centre international qui pourrait profiter de l'expérience acquise au fil des années dans le cadre bilatéral », note Axel Heiri. « Jusqu'ici, la DDC évalue de manière très positive le développement du CENS. »

Débranchez avant d'adhérer!

Profitant de ce réseau, le CENS veut devenir une plate-forme scientifique et technique, diffuser des connaissances et mettre en réseau les autorités de sûreté des pays de l'Est. Il espère aussi favoriser les échanges entre les experts de l'Est et de l'Ouest, comme le souligne M. Chakraborty : «Ce centre représente une chance unique de développer une même culture de la sûreté dans l'ensemble de l'Europe. Jusqu'ici, l'interprétation des normes internationales était très inégale. »

Le transfert de connaissances et d'expériences s'avère particulièrement crucial dans la perspective inéluctable de l'arrêt des centrales nucléaires, un défi qui ne se pose pas seulement en Europe de l'Est. Mis en service dans les années 60, les plus anciens réacteurs arrivent en fin de vie et il va falloir les démanteler en éliminant complètement la radioactivité. À ce jour, seules quelques centrales dans le monde ont été entièrement démontées. Le CENS entend appuyer les autorités de sûreté d'Europe de l'Est, qui ont encore très peu d'expérience en la matière. En septembre dernier, il a consacré sa première conférence annuelle à la question du démantèlement et à l'accompagnement de ce processus par les organes de régulation. Ce jour-là, tous les participants avaient le regard tourné vers la première charrette de condamnés: trois réacteurs, jugés peu sûrs et impossibles à moderniser, doivent être stoppés définitivement en Bulgarie, Lituanie et Slovaquie. C'est une condition posée pour l'adhésion de ces pays à l'Union européenne.